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Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon

Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon

Un adolescent autiste, héros de roman

Un roman de Mark Haddon : Le bizarre incident du chien pendant la nuit. Le périple initiatique d’un adolescent autiste en quête du sens des choses et de la vie malgré son handicap.

Un adolescent autiste héros de roman à succès

Mark Haddon : Le bizarre incident du chien pendant la nuit

Traduit de l’anglais par Odile Demange. Nil éditions, 293 pp., 19 €.

Ce roman primé en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis (il a obtenu le prix Whitbread du meilleur livre de l’année 2003) a pour narrateur un jeune autiste de 15 ans,Christopher. Il a quinze ans et vit avec son père dans une petite ville à l’ouest de Londres. Sa mère est morte après un séjour à l’hôpital il y a deux ans, lui a dit son père. Il découvre un beau matin le chien Wellington tué transpercé par une fourche dans le jardin de sa propriétaire, une voisine. Comme Sherlock Holmes, son détective préféré, il décide de trouver qui l’a tué et de faire son enquête. Son rat apprivoisé en poche, il va découvrir l’assassin, mais surtout les relations entre voisins, les mensonges de son père et la véritable histoire de sa mère. Tout cela le mène jusqu’à une fuite solitaire à Londres.
Christopher est un autiste de haut niveau : il sait résoudre des équations complexes, pense le monde en termes mathématiques et va passer l’équivalent du bac en maths, mais c’est un autiste : lui et ses semblables, écrit-il, sont au milieu des hommes « comme des okapis dans la jungle du Congo, qui sont une sorte d’antilope très farouche et très rare ». Pour viser aussi juste, l’écrivain, Mark Haddon, a dû se documenter soigneusement sur le mode de fonctionnement des autistes comme on essaie maintenant de le comprendre, c’est-à-dire en se penchant sur leur logique propre, leur quête de sens propre, en dehors de toute réflexion de type psychiatrique ou de toute condamnation implicite qui cataloguerait le héros « fou » au milieu de gens normaux et c’est un tour de force qu’il a réussi.
C’est ainsi que comme tous les autistes, il ne comprend pas les métaphores et les plaisanteries : par exemple, « il fait un temps de chien » ou « avoir un squelette dans le placard » : « Je trouve qu’on ferait mieux d’appeler ça un mensonge, parce qu’un chien n’a rien à voir avec le temps et que personne n’a de squelette dans son placard. » Les hommes sont si bizarres avec les mots. D’un côté, ils les utilisent pour décrire des choses vagues qui n’existent pas. De l’autre, « ils parlent beaucoup sans se servir de mots ». « quand les gens vous disent ce que vous devez faire, c’est généralement déconcertant et ça n’a pas de sens. Par exemple, ils disent souvent "Tais-toi", mais ils ne vous disent pas pendant combien de temps. Ou bien il y a un écriteau qui dit "il est interdit de marcher sur la pelouse", mais il faudrait dire "il est interdit de marcher sur la pelouse autour de cet écriteau" ou "il est interdit de marcher sur la pelouse dans ce parc", parce qu’il y a beaucoup de pelouses sur lesquelles on a le droit de marcher. » .Christopher ne sait pas décoder la gestuelle et les mimiques des autres humains et son auxiliaire de vie, Siobhan, doit lui faire de petits dessins pour lui apprendre à se familiariser avec cette manière humaine de partager des signes : par exemple, quand ils lèvent un sourcil, elle lui explique que cela peut signifier des choses différentes : « J’ai envie d’avoir des relations sexuelles avec toi », mais aussi « Je trouve que ce que tu dis est complètement idiot. » Pour Christopher, ce qui est idiot, c’est de ne pas dire ce qu’on veut dire avec les mots adéquats.
Il s’abrite derrière des listes pour se repérer : « Je connais tous les pays du monde avec leurs capitales, et tous les nombres premiers jusqu’à 7 507. ».Comme tous les autistes, il ne peut absolument rien faire du mensonge puisque cela supposerait de pouvoir se mettre à la place d’un autre pour analyser et juger une stratégie, situation inaccessible à un autiste.(C’est ce qu’on appelle dans le vocabulaire des neurosciences « la théorie de l’esprit »).Comme beaucoup d’autistes, il habite mal son corps et il ne peut supporter qu’on le touche, même si c’est un très proche (père ou mère) : son père a trouvé un code :tendre la main en éventail pour solliciter un contact. Les autres qui cherchent le contact physique sans que ce soit forcément de l’agression suscitent en lui des réactions très violentes. Il n’aime ni le jaune, ni le brun, ni les aliments qui se touchent : là encore, sont rendues avec finesse des caractéristiques fréquentes des personnes autistes : leurs phobies ou obsessions étranges, leur relation difficile à leur propre corps et à celui des autres – leur moi-peau comme dirait Didier Anzieu - si compliqué à vivre, leur incapacité à synthétiser des informations parfois, même le contenu d’une assiette .
Comme on utilisait au XVIIIème siècle un étranger, souvent exotique, parfois dans le cadre d’un véritable mythe, celui du Bon Sauvage, miroir positif tendu à l’époque à nos sociétés perverses, hypocrites et qui rendent malheureux, l’auteur se sert de son héros pour faire admettre au lecteur que la « folie » n’est pas forcément là où les hommes le disent. Christopher constate que les adultes mentent, se paient de mots, ne cessent de se raconter des histoires inutiles ou absurdes, en tout cas sans logique. Ils fantasment, croient bêtement en Dieu ou s’imaginent qu’ils peuvent parler avec les morts. Ils veulent voyager et voir des choses nouvelles, comme si ce qui les entoure ne suffisait pas. Christopher dresse le constat. Il en souffre aussi. Il remarque, par exemple : « Je pense que les gens croient au paradis parce qu’ils n’ont pas envie de mourir, parce qu’ils veulent continuer à vivre et qu’ils n’ont pas envie que d’autres gens s’installent dans leurs maisons et jettent leurs affaires dans la poubelle. »
Christopher, comme dans un classique roman d’éducation, va se lancer dans son parcours initiatique ; lui qui vit dans un univers globalement privé du sens que nous lui donnons (nous organisons nos vies en fonction de rituels, de concepts, de croyances, de stratégies, d’intérêts personnels que nous projetons sur les autres..) va mener une enquête sur sa propre vie et sur les mensonges de son père ; recherché par la police, il ruse pour arriver à Londres sans encombre. Il aura fait des efforts surhumains pour prendre train et métro, passer par un être humain pour se repérer sans toujours comprendre les réponses, maîtriser la panique que lui inspirent des bruits inhabituels qu’il ne sait à quoi comparer dans l’univers mental qui lui sert à se repérer : les rames de métro par exemple. Les autistes, en effet, ne savent pas synthétiser les sensations reçues qui les agressent alors de manière parfois de manière fragmentée et terrifiante : ils souffrent parfois, comme le montrent les récentes études à partir de l’imagerie cérébrale, de sensations visuelles ou auditives hypertrophiées. Il fait donc la preuve qu’un autiste, poussé par une motivation exceptionnelle peut s’adapter partiellement à nos façons de concevoir les choses. Il découvre que la vérité n’est pas forcément celle que les mots entendus ont dite et que les humains manient de manière redoutable l’art de dissocier les mots et les choses. Son père qui lui a menti alors que c’est lui qui seul a eu la patience de le garder et de chercher à le comprendre, devra à nouveau tenter de l’apprivoiser ; quelle idée d’avoir pensé que le mensonge sur sa mère le protègerait - parce qu’il est handicapé mental ? - ; sa mère qui était partie ne l’avait pourtant pas oublié...Les adultes devront apprendre à se montrer à la hauteur de cet adolescent, redoutablement efficace, lui , pour décaper nos erreurs et nos lâchetés. On ne triche pas avec un autiste parce que nous sommes transparents pour eux.
La leçon du roman est inattendue : certes, Christopher est porteur d’un handicap lourd qui perturbe considérablement sa vie et le met en porte-à-faux avec son entourage au point de constamment le faire souffrir ; mais ceux qui l’écoutent s’enrichissent à son contact et deviennent « neufs » comme si le contact accepté avec ce qui est peut-être la trace d’un fonctionnement archaïque de notre cerveau – c’est ce que pense un des plus grands intellectuels du XXème siècle, George Steiner- , l’autisme nous rendait une part de notre innocence perdue, à tant vouloir façonner le monde selon des vues adossées à des principes souvent trop sophistiqués et loin de l’essentiel : les autistes vont toujours à l’essentiel : le lien, et Christopher est prêt à risquer sa vie pour sauver de la rame de métro son rat apprivoisé….Par ailleurs, Christopher par ses aptitudes hors des normes en mathématiques nous rappelle Galilée qui, au début du XVIIème siècle, dit le premier que le monde s’écrivait en termes mathématiques et que cette correspondance entre notre cerveau et la lecture mathématique de l’univers était une sorte de miracle : Galilée était un génie ; Christopher, par son appréhension déroutante et d’emblée ontologique de notre monde, nous donne une vision du handicap autistique détonante : mieux que nous autres, humains ordinaires, un autiste est dans le monde alors que le sujet pensant cartésien, distinct de tout le reste, devenu objet, qui a modelé l’Occident, nous en a séparés à jamais.
Jamais Christopher n’est présenté comme un malade mental à guérir ou à rééduquer mais comme une autre sorte d’humain, atypique, qui par la rareté et le caractère imprévisible de son comportement, nous donne au contraire une leçon de vie : dans la vie, pour comprendre, il faut se battre ; pour accepter une vérité difficile, il faut du cran ; pour résoudre un problème, il ne suffit pas d’être logique, enfin à la mode humaine...Pour accepter de vivre, tout simplement, il faut chercher un vrai sens aux mots, aux choses et regarder notre finitude en face : Christopher ne fait pas de la mort un tabou comme le font les Occidentaux…

Danièle Langloys

 

 
    Association partenaire d'Autisme France