Rechercher :

 
  accueil  
  articles  
  l'association
  forum  
  Liens  
  contacts  

         
 
 


Actualités de l’autisme
et du handicap


 
 

Retarder la prise en charge adéquate des enfants autistes a un coût pour l’enfant et la société
( 25 février 2017 )

Appel à projets autisme 2017 de la Fondation Orange
( 25 février 2017 )

Ouverture du site officiel d’information sur l’autisme
( 22 février 2017 )

Cerveau : dépister précocement l’autisme par IRM ? / Sciences et Avenir
( 22 février 2017 )

Les « comportements-problèmes » au sein des établissements et services accueillant des enfants et adultes handicapés : Prévention et Réponses
( 22 février 2017 )

L’autisme : quelles origines, quels traitements ? émission France culture
( 22 février 2017 )

La CNSA met en ligne le tronc commun du métier des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH)
( 22 février 2017 )

Comment favoriser des parcours fluides et éviter des ruptures pour les personnes avec autisme
( 22 février 2017 )

Direction Générale de l’Offre de Soins : rapport 2012
( 3 août 2013 )

Crise ouverte au Ministère de la Santé
( 3 août 2013 )

voir toutes les actualités
 
Accueil du site > Articles > Réflexion sur l’autisme > Du bon usage du mot autisme
Du bon usage du mot autisme

Les mots autisme et autiste utilisés comme insultes en politique et ailleurs, un scandale typiquement français et francophone.

 

Du bon usage du mot autisme

Les parents d’enfants et adultes autistes et les autistes eux-mêmes ne peuvent que constater l’utilisation à la mode et récente des mots autisme et autiste comme insultes. Cette épidémie a atteint d’abord la gauche dite plurielle, opposition oblige, je suppose : des adversaires de droite face à un gouvernement de gauche feraient peut-être le même usage de cette mode. Elle a hélas fait tache d’huile dans toutes sortes de situations, largement attachées à des polémiques politiques, sociales, syndicales mais pas seulement : la méconnaissance de ce qu’est l’autisme atteint toutes sortes de milieux, même une association végétarienne qui glisse autiste entre idiot et demeuré : "Pourquoi considérons-nous ainsi que la vie d’un animal, ce qu’il ressent, ses désirs et ses peurs, n’a pas d’importance ? Est-il si méprisable qu’on soit prêt à lui retirer l’unique bien qu’il possède, sa vie, pour le seul plaisir d’un repas ? Pourquoi si peu de considération ? On répond généralement : parce que les animaux sont bêtes, ils ne raisonnent pas, ils ne sont pas libres, ils sont « faits pour ça » - Est-ce que ce sont vraiment des raisons ? Doit-on traiter les gens différemment selon leur degré d’intelligence (ou de raison, ou de liberté, ou de faculté d’abstraction...), selon qu’ils sont idiots, autistes ou demeurés, ou au contraire géniaux ? ". Cela se passe de commentaire.

Cette mode est hélas relayée depuis 2004 par un certain nombre de médias écrits et télévisuels. M. Noël Mamère sur France 2 lors de l’émission consacrée aux élections régionales : “ Raffarin a appliqué une politique d’autisme ” ; le 12 mars, L’Humanité titre son article : “Recherche Raffarin Autiste ” ; M.Strauss-Kahn : " Vous êtes autiste, M. Copé " lors de son passage dans l’émission “ Mots Croisés ” sur France 2 du 29 mars 2004. Mme Ségolène Royal : “ Le gouvernement est resté autiste ”, pourtant elle avait aidé à scolariser les enfants autistes et à empêcher leur déscolarisation . Des enseignants en colère contre la loi Fillon, par la voix d’un délégué syndical, traitent en 2005 leur ministre d’autiste. La banalisation se voit à la sortie de l’injure du cadre strictement polémique et circonstanciel : un journaliste du Point qui s’en prend à Bush le traite de malade mental, schizophrène, paranoïaque et pour faire bon poids, sommet de l’attaque, autiste. Cet hebdomadaire s’est régulièrement distingué dans l’indécence sur ce sujet : le compte rendu d’un ouvrage sur l’usage immodéré des médiateurs en France soulignait une société « autiste, incapable de dialoguer. »On n’en appréciera que davantage l’article du journaliste Michaël Hajdenberg, qui dénonce, dans le quotidien Libération du 12 mars 2005, cette mode imbécile : « Est-ce qu’il viendrait à quelqu’un l’idée de traiter un autiste de « Raffarin » ou de « Gaymard » ? Certainement pas. Pourtant, cela aurait autant de sens que de traiter le gouvernement Raffarin d’« autiste », comme le qualifient souvent plusieurs membres de l’opposition et quelques syndicats. Dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, l’injure n’offense pas tant l’individu ciblé (le Premier ministre y est somme toute habitué) qu’un groupe tiers et ses proches, qui n’ont rien demandé. »

On peut prolonger le florilège : août 2006 : on fustige l’autisme guerrier israélien ; on dit qu’un sinistre chef de bande mystico-psychopathe ougandais sort de son "autisme" pour chercher une porte de sortie...Juillet 2006 : UFC-Que choisir dénonce "l’autisme" du gouvernement dans son projet sur l’eau...Le Monde du 26 juillet 2006 s’en prend à l’autisme de la mairie de Bucarest dans sa défense du vieux quartier de la ville...

Le fondateur des Pink Floyd a sombré dans la folie et l’autisme lit-on le 13 juillet etc...

Dans la moisson de la rentrée 2006, le summum de la bêtise : Le Monde, article de Roger-Pol Droit : "Sans nous, évidemment. La France, très en pointe dans l’autisme, brandit sa pancarte fétiche : "A bas le monde extérieur ! " Le monde s’en moque. ..." . Mais cette analyse du rap dans un quotidien suisse vaut aussi le détour : " Dogg, Dre, Ice Cube commencent au début des années 1990 à scander les filles faciles, la drogue de qualité, le meurtre de flic et un autisme épicurien ...". Affligeant. D’autant qu’on peut multiplier les exemples francophones : l’autisme ambiant au Liban, lit-on, ou ce titre d’un journal breton qui dénonce l’abandon d’une classe bilingue breton-français : "Bilinguisme à Languidic : Autisme et cynisme de l’académie de Vannes".

L’usage injurieux des mots autiste et autisme est largement l’apanage du milieu politique, mais on trouve aussi le mot utilisé pour dire la difficulté d’identité (Muriel Robin, dans une interview à Télérama, début janvier 2005, se sentait « autiste » dans son enfance, à cause de relations familiales perturbées, les blogs des jeunes utilisent le mot comme symptôme de leurs états d’âme et de leurs déstructurations, etc…Un site particulièrement stupide s’appelle Autisme-Economie : le webmaster ne sait pas expliquer pourquoi et a fini par se mettre aux abonnés absents et les parents en détresse qui cherchent des sites pour se documenter sur le handicap de leur enfant tombent sur cette chose….

 

Il y a bien pire et carrément immonde : voici ce qu’on peut lire sur un site de critique littéraire à propos d’un roman d’E.Reinhardt : « Carton-Mercier est un autiste au sens premier du terme. Il vit dans un monde où personne n’existe vraiment en dehors de lui. Les autres sont des variables à traiter, les rapports humains des équations à résoudre. Il humilie sa femme dans la vie quotidienne, ne reconnaît même pas ses voisins de palier qui sont là depuis des années etc… Donc il n’y a a priori rien à sauver de cet horrible personnage puant et orgueilleux. Pourtant, petit à petit au fur et à mesure que la psychopathie gagne l’esprit on sent les failles qui s’ouvrent. » ; cela se passe de commentaire mais on peut descendre encore plus bas et parler comme l’hebdomadaire le Point de l’ « autisme » d’Hitler à propos d’un ouvrage récent Les Entretiens de Nuremberg. Un fou psychopathe, un des pires meurtriers de l’histoire de l’humanité, qui éliminait entre autres les handicapés mentaux, est « autiste » ……Honte au journal Le Point ….

Chaque fois que j’ai lu ou entendu les mots autiste et autisme utilisés de manière insultante, -jusqu’au Sénégal et à Madagascar : vive la francophonie ! - , j’ai envoyé un courriel ; sur plusieurs dizaines envoyés, peu m’ont valu une réponse. Le journal Le Monde, auquel je me suis directement adressée (ainsi qu’un autre parent concerné de la Loire, M.Grand) a aussi relayé cette dérive et a bien voulu se faire l’écho de ma protestation dans la page du médiateur du vendredi 16 avril 2004. Le médiateur du quotidien, M.Solé, voit dans l’usage dévoyé de ce mot un phénomène plus général : la banalisation d’un certain nombre de clichés récents, utilisés à contre-sens. Cela n’a pas empêché l’éditorialiste du Monde et le directeur de l’Institut des Relations Internationales, invité dans le quotidien, d’utiliser après la même invective. Le journal qui a relayé le mot d’ordre des enseignants a pris acte de ma protestation et promis de la transmettre aux syndicalistes.

J’ai été absolument effarée quand j’ai observé que, sur un forum d’enseignants de lettres, on utilisait aussi ce terme injurieux et que, même dans certains cas, on le revendiquait, contre mes protestations, comme une liberté : à lire une collègue, le dictionnaire Le Robert légitime l’usage “ littéraire ” (sic) de ce mot. Après avoir fait le tour de tous les dictionnaires, il s’avère qu’aucun d’entre eux ne se livre à ce détournement de sens. Tous s’en tiennent à une définition psycho-pathologique souvent maladroite de l’autisme et au mieux, l’étendent à la caractérologie. La seule occurrence trouvée par M.Rey, maître d’œuvre du Robert, est une phrase de Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss, totalement sortie de son contexte et qui de toute façon relève de l’analyse anthropologique. L’usage métaphorique du mot autisme ou autiste comme insulte est donc un abus de langage caractérisé. Il est cependant alimenté par les âneries des dictionnaires à gros tirages ; voici l’exemple du Petit Larousse 2004 :

Autisme : n.m (du grec autos, soi-même). Trouble psychiatrique caractérisé par un repli pathologique sur soi accompagné de la perte du contact avec le monde extérieur, typique de la schizophrénie chez l’adulte, observé également chez les enfants.

ENCYCL. L’autisme de l’enfant a une origine discutée, neurologique ou psychique. Il apparaît dès les premières années de la vie et se marque par le désintérêt total à l’égard de l’entourage, le besoin impérieux de se repérer constamment dans l’espace, des gestes stéréotypés, des troubles du langage et l’inadaptation dans la communication : l’enfant ne parle pas ou émet un jargon qui a la mélodie du langage, mais qui n’a aucune signification.
Une telle définition, hélas inspirée de l’incapacité médicale et psychiatrique française à poser correctement le diagnostic d’autisme comme handicap cognitif mériterait, à elle seule, une plainte en diffamation.
J’ai mené mon enquête pour savoir si dans d’autres pays, la langue utilisée prêtait à ce même type de dérives ; la réponse est : non. La France (et les médias francophones !) est le seul pays au monde à trouver normal qu’on insulte publiquement un autre d’autiste. Le Monde Diplomatique a ainsi, pour faire un titre racoleur, titré la traduction d’un article de Noam Chomsky, très critique sur la politique étrangère des Etats-Unis : « L’autisme de l’empire ». Si le mot n’est pas d’origine, on l’ajoute et voilà la French Touch, comme on dit chez les Grands-Bretons. Il y a donc, en ce domaine comme dans d’autres, une exception culturelle typiquement française. Les autres exceptions me sont plutôt sympathiques, celle-là est franchement révoltante. On peut alors se demander les raisons de ce sinistre dévoiement d’un mot du handicap.
Il y a certes des lois ; les articles 225-1 et 225-2 du code pénal définissent les discriminations - et le handicap en fait partie - et prévoient éventuellement des sanctions ; on observera que si les discriminations de caractère racial, homophobe ou sexiste, ont fait l’objet d’une médiatisation et d’un renforcement de la loi, les discriminations pour le handicap n’intéressent pas grand monde. La diffamation envers une personne ou un groupe de personnes en raison du handicap est explicitement prévue par la refonte en décembre 2004 de la loi sur la presse de 1881 (articles 32 et 33) et elle est sévèrement sanctionnée, et ce, pour adapter à cette loi à la nouvelle protection de la loi contre toutes les formes de discrimination. Pourquoi ces outils ne sont-ils pas utilisés ? 

 

 

 

Les handicapés ne sont certes pas très médiatisés en France mais, par ailleurs, le problème, c’est qu’il est très difficile en France de faire admettre que l’autisme est un handicap.
La spécificité française est, en effet, de ne jamais avoir sorti officiellement l’autisme des psychoses ; l’article du Petit Larousse est un bon exemple de la nullité d’ un très grand nombre de psychiatres, accrochés à la CFTMEA contre toutes les recommandations de l’OMS et maintenant les recommandations diagnostiques françaises sur l’autisme, et qui laissent l’autisme dans le champ de la maladie mentale où il n’a que faire : psychose, schizophrénie, tout est confondu ; l’autisme est un handicap d’origine multifactorielle, neurobiologique et génétique, pas une maladie. Cette bizarrerie a des conséquences : l’autisme reste le fantasme privé et public d’un certain nombre de psychiatres et psychanalystes français dont les plus dangereux, d’obédience lacanienne, voient dans ce handicap le moyen de stigmatiser les mères qui n’ont pas porté le désir de vie de leur enfant. Ce n’est pas un hasard si, en France et nulle part ailleurs, l’autisme est en plein milieu du champ de bataille entre neurosciences et psychanalyse. Outrancièrement psychiatrisées, souvent, les personnes autistes n’ont pas droit à la prise en charge éducative qui leur permettrait de progresser et de réduire leurs tentations de retrait.

Cette psychiatrisation de l’autisme qui permet d’asseoir des pouvoirs, médical et financier, et qui a saccagé tant de vies et de familles éclaire l’utilisation du mot comme insulte. Chacun s’autorise à dénoncer dans « l’ennemi » celui qui n’a pas le désir de porter le souci de l’autre, du sens de sa vie et de ses problèmes et l’enferme ainsi dans le déni et la dévalorisation de soi. Cette très grave dérive est à rapprocher de la psychologisation abusive en France de toutes sortes de problèmes, matériels, sociaux, économiques où la cellule d’aide médico-psychologique tient lieu magiquement de viatique ; le psy tout-puissant remplace le prêtre d’autrefois dans la même fonction, ce qui dispense de mener les analyses pertinentes des problèmes en question. L’ex-fille aînée de l’Eglise s’est trouvé là un substitut commode avec la complicité de psys en tous genres, uniquement soucieux du « deuil » de nos désirs.

Je ne sais qui a lancé cette mode mais elle n’est pas acceptable. La manière scandaleuse dont la France traite ses handicapés est régulièrement dénoncée : il a fallu 30 ans pour refaire la loi de 75 et elle est loin d’être parfaite. A l’intérieur de ce tableau peu reluisant pour l’image de la France, le cas de l’autisme est très particulier. Rappelons que la France s’est fait condamner le 10 mars 2004 par le Conseil de l’Europe pour discrimination à l’égard des autistes : diagnostic tardif et erroné, absence d’éducation, pénurie de structures adultes, prise en charge inadaptée. Voici les termes, sévères, de cette condamnation officielle pour non respect de la Charte Sociale Européenne, à la demande d’Autisme France, relayée par Autisme Europe à laquelle adhèrent aussi Sésame-Autisme et l’UNAPEI : “ ... le Comité observe que, s’agissant des enfants et adultes autistes, la France n’a pas, en dépit d’un débat national vieux de plus de vingt ans sur l’importance du groupe concerné et les stratégies pertinentes de prise en charge, marqué des avancées suffisantes, même après la promulgation de la loi du 30 juin 1975 d’orientation des personnes handicapées, dans la prise en charge de l’éducation des personnes autistes. Il observe également que la définition de l’autisme retenue par la plupart des documents officiels français, en particulier ceux produits dans le cadre de la présente réclamation, est toujours restrictive par rapport à celle de l’Organisation mondiale de la Santé, et que nombre de statistiques nécessaires à l’évaluation rationnelle des progrès réalisés au fil du temps font toujours défaut. ”
La France est à la traîne de tous les pays occidentaux pour la reconnaissance, le diagnostic et la prise en charge de l’autisme ; il n’est pas nécessaire qu’elle se distingue en plus par l’usage politique et/ou insultant du problème sous la forme d’une injure qui ajoute à cette série de dysfonctionnements l’ utilisation méprisable d’un terrible problème humain pour le seul plaisir typiquement français et assez affligeant de lancer une petite phrase censée assassiner l’adversaire politique.
Je ne peux que citer cette page du très officiel (et disponible en ligne) rapport de M.Chossy sur l’autisme remis au Premier Ministre : « On utilise de plus en plus le terme d’autiste pour qualifier notamment l’attitude de certains hommes politiques ou certains dirigeants et il ne s’agit pas d’un compliment : la personne ainsi qualifiée vivrait dans sa tour d’ivoire, n’écouterait personne et serait incapable de prendre en considération l’opinion d’autrui, elle n’aurait également plus de repères sociaux. C’est faire insulte aux personnes autistes elles-mêmes. En effet, comme l’écrit le Dr Catherine MILCENT, psychiatre-pédopsychiatre, praticien hospitalier : “ les enfants autistes sont pathétiques dans leur souffrance et touchants dans leurs tentatives désespérées de vouloir malgré tout vivre en organisant le monde au mieux de leurs possibilités. Il est impossible de rester indifférent devant l’autiste, ses efforts, son courage, ses maigres victoires et ses multiples échecs ”. Il ne semble pas que ce constat puisse s’appliquer aux décideurs politiques ou économiques. D’où la nécessité de ne pas banaliser l’utilisation du terme autiste, qui recouvre une réalité humaine très douloureuse, afin d’éviter cette fâcheuse tendance qui voit les noms de maladies psychiques ou de handicaps mentaux tomber dans le domaine de l’injure. »
Cette utilisation qui s’est banalisée du mot autisme est à tous égards effarante : l’insulte vise le plus souvent à stigmatiser l’incapacité des hommes politiques à voir et entendre les problèmes sociaux et sous-entend leur responsabilité en ce domaine : ils refuseraient de voir la réalité que leurs adversaires, eux, voient parfaitement. La terreur de l’homme politique : ne pas être entendu, ne pas être le reflet de l’opinion publique médiatisée par les sondages et les grèves, ne pas être le vrai, le seul à mériter de l’être. Outre l’aspect simpliste, pour ne pas dire manichéen, de cette présentation de la vision politique des faits, on ne peut que dénoncer l’absence de pertinence de la métaphore de l’autisme, pour ne pas dire la totale imbécillité : l’autiste n’est en rien responsable de son handicap : il ne peut pas décoder l’univers symbolique sophistiqué qui est celui des humains ordinaires. Le cerveau des autistes, privé pour des raisons encore mal élucidées, d’un certain nombre de compétences cognitives, les rend plus ou moins – car il y a toutes sortes de cas - , incapables de se comprendre eux-mêmes, de se mettre à la place d’un autre, de traiter correctement les stimuli sensoriels, de communiquer selon nos codes et les met en très grande difficulté pour trouver une place parmi les autres. La recherche sur l’autisme avance, en particulier dans les neurosciences. Les autistes font, dans la mesure où nous sollicitons leur participation à notre monde, des efforts surhumains pour s’adapter à nos codes, s’y épuisent parfois ou s’enferment dans des formes de révolte qui peuvent être agressives, pour dire leur souffrance d’être isolés. Quel est le rapport avec l’homme politique qui ne veut pas écouter ou plutôt suit sa logique de pouvoir ou de parti ?
Par ailleurs, cette insulte comme d’autres (schizophrène, abondamment utilisé aussi en politique, ou mongol qu’on entend, hélas, dans les cours de récréation ) en dit long sur l’état de délabrement de la réflexion politique : faute d’idées à défendre qui correspondent à un minimum de valeurs démocratiques : égalité, respect des différences au lieu du culte de la performance, humilité du discours, puisque les enjeux se réglent dans les Bourses, les hommes politiques font du spectacle et se transforment en fausses vedettes ; ils n’en ont pas forcément les talents mais qu’importe : il suffit d’emprunter à la chanteuse Lorie sa chanson « La positive attitude » et on en fait un slogan puis un anti-slogan. Plus généralement c’est notre inaptitude à penser l’altérité qui fait défaut. L’absence de réaction des autorités françaises quelles qu’elles soient à la banalisation de l’insulte qui vise les handicapés est consternante : sur le forum « autisme », une maman finlandaise racontait que ce genre de discrimination était en Finlande sanctionné dans les écoles (excuses à la victime et punition). Mais qui en France se soucie de l’image du handicap ?
Un philosophe allemand du début du XXème siècle qui alimenta les délires nazis, Carl Schmitt, avait réduit le jeu politique à l’opposition ami-ennemi alors que la démocratie est l’effort, par le débat, de dépasser les différences par l’invention toujours renouvelée d’un consensus. Les hommes politiques qui utilisent le terme d’autisme comme insulte et tos ceux qui les relaient, journalistes, syndicalistes et intellectuels, mesurent-ils qu’ils atteignent là le degré zéro de la réflexion politique ou sociale (aucune analyse n’est proposée) et qu’ils prennent le risque de dénaturer et de détourner l’usage mal codifié scientifiquement en France d’un mot : les hommes politiques et tous les autres peuvent-ils s’autoriser cette dérive ? Le rapport entre les mots et les choses est un problème philosophique essentiel qui reflète l’état du fonctionnement d’une société : que dire quand ce rapport est vide et livré aux querelles politiciennes, aux accroches racoleuses, au mépris qui se veut parfois drôle d’un handicap ?

Enfin, si l’autisme est d’abord un drame humain qu’on peut seulement accompagner mais pas guérir, il est aussi une invitation pour tous à réfléchir à ce qui fonde le mystère de la présence humaine sur terre. Un être humain est d’abord un vivant qui s’oblige à construire un sens à sa vie parce qu’il n’est pas, comme les animaux, prisonnier de la répétition de l’instinct ; la lente construction de l’humanisation est un constat qui laisse perplexe, en dehors bien sûr d’une foi religieuse. Pour des raisons qui nous échappent, certains humains n’accèdent pas au partage de la construction de ce sens : mais quel miroir, quelle invitation à l’humilité pour nous dont la rationalité est parfois si aléatoire, les comportements si incohérents, les efforts de communication, de compréhension et de tolérance si inaboutis ! Un des grands succès de librairie britanniques de l’année 2003, qui est traduit et même proposé dans une collection pour la jeunesse, raconte l’histoire d’un adolescent autiste qui essaie de résoudre une énigme policière : nous savons tous que l’énigme policière est une métaphore de la quête d’une vie – recherche de l’identité, culpabilités de toutes sortes, se retrouver sous le regard d’autrui et à répondre à ses mots, difficultés à définir une vérité – et c’est pourquoi les romans policiers ont tant de succès ; d’autres ont pu dire un jour que nous étions, solidairement pour défendre des valeurs, tous berlinois, tous new-yorkais ou tous madrilènes : nous sommes aussi tous autistes. Sur le site de Sésame-Autisme, le courrier d’un adhérent de Sésame au président de la HALDE, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité, qui proteste contre cet usage abusif, imbécile et scandaleux et la réponse affligeante du président : la HALDE ne se sent pas concernée. site sésame

Danièle Langloys

05 juin 2006 © Copyright autistes dans la cité. Tous droits de reproduction réservés et soumis à l’accord de l’association.

 

 

 
    Association partenaire d'Autisme France