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Essai de définition de l’autisme par Luc Renoux

Essai de définition de l’autisme par Luc Renoux

Une réflexion personnelle, riche et pertinente sur l’autisme comme trouble déficitaire dans le traitement du dispositif perceptif.

 

Essai de définition de l’autisme par Luc Renoux

Avertissement : Le texte qui suit est un état de réflexion. Penseur autonome, je ne suis intégré à aucun réseau d’expertise. Aussi, ai-je décidé de publier cet essai en l’état, non pas tant pour le porter à la connaissance, que pour le soumettre à la critique des disciplines diverses travaillant sur la problématique de l’autisme. Merci de me faire part de vos remarques, de vos critiques et de vos suggestions sur ce site ou à l’adresse lrenoux@yahoo.fr

Luc RENOUX, Saint Denis, le 30 mars 2006

Je suis père d’un adolescent diagnostiqué asperger. Bien que ne m’étant pas encore soumis à un bilan diagnostique, j’ai l’intime conviction de me situer moi-même quelque part dans le continuum de l’autisme entre l’asperger bien compensé et le phénotype bien affecté. Formation : ex infirmier psychiatrique, études de psychologie, 3ème cycle en Sciences de l’Education, 3ème cycle de Planification en Santé Publique. Je me suis spécialisé dans l’analyse systémique des dispositifs sanitaires et sociaux. J’occupe actuellement des fonctions d’études auprès d’une direction chargée de la mise en oeuvre de la politique en faveur des personnes âgées et des personnes handicapées d’un conseil général de l’Ile de France.

Essai de définition de l’autisme

Les deux définitions de l’autisme, la DSMIV et la CIM-10 ne sont pas satisfaisantes :

· La première la DSMIV établit des critères diagnostiques selon une liste à options. · La deuxième est une description clinique générale.

Mais finalement aucune des deux ne dit vraiment ce qu’est l’autisme. L’essai qui suit et reste inachevé est une tentative de définition argumentée terme à terme selon un raisonnement le plus strictement déductif possible selon une méthode et une modélisation inspirées de l’analyse systémique.

1ère partie de la définition : De la nature de l’autisme

1. L’autisme est un état congénital

Tout comme l’albinisme ou le syndrome Kabuki (retard mental avec microcéphalie), l’autisme est congénital. On naît autiste, on est autiste et on le demeure toute sa vie même si des processus de compensation peuvent permettre pour certains de faire évoluer le tableau clinique vers une autonomie de vie et un épanouissement de la personnalité peu distinguable de la normalité. Des interrogations subsistent pour savoir s’il s’agit :

· d’une mutation génétique héréditaire (caractère existant dans la lignée et susceptible d’être transmis aux générations suivantes),

· d’une anomalie chromosomique (incident qui se serait produit lors de la recombinaison des deux gamètes),

· d’une affection de la grossesse, certains évoquant l’influence de vaccins ou d’intoxication aux métaux lourds. L’hypothèse d’une mutation génétique héréditaire, sans faire l’unanimité, est aujourd’hui retenue par une majorité de chercheurs. La congénitalité de l’autisme est antinomique de l’hypothèse d’un trouble acquis tel qu’énoncé notamment par le courant psychanalytique, lequel considère le repliement sur soi observable chez de nombreux autistes comme un mécanisme de défense des enfants vis à vis des menées névrotiques de leurs parents et en particulier de leur mère. La confusion psychanalytique provient d’une généralisation à l’autisme de troubles d’évocation autistiques observés chez les schizophrènes et surtout dans l’hospitalisme de Spitz. Il s’agissait en l’occurrence de nourrissons élevés en orphelinat dans un dispositif tayloriste et aseptisé leur apportant des soins sans aucune chaleur humaine. Ces enfants carencés de vie affective et sociale développaient un tableau clinique d’évocation autistique. De là à penser que la carence affective et sociale était à la genèse de l’autisme, il n’y a qu’un pas que Bruno Bettelheim notamment théorisera en se référant à Spitz et à ce qu’il avait observé chez les déportés dans les camps de concentration nazis : « l’environnement est susceptible de détruire la personnalité ».

2. L’autisme se caractérise par une singularité dans le traitement du dispositif perceptif

Maman est grande et mince, elle a des lunettes, des cheveux bruns et un gros grain de beauté sur la joue droite. Quand les percepts « grande, mince, lunettes, cheveux bruns, grain de beauté » sont réunis, c’est maman ! Mais quand elle enlève ses lunettes ou qu’elle se fait décolorer les cheveux, est-ce toujours la même maman ? Si toutes les caractéristiques discriminantes définissant l’univocité d’une entité ne sont pas réunies, je reste dans l’expectative. Je suis autiste, mon interprétation perceptive des stimuli est absolue. Maman et sa sœur se ressemblent, elles ont la même silhouette et les traits de leur visage sont proches. Mais ma tante a les dents de devant écartées, des cheveux blonds (c’est une teinture) et de grandes boucles d’oreilles. Au réveil, dans la pénombre de la chambre aux volets clos, une silhouette féminine grande et mince dont je ne distingue pas les traits s’avance vers moi, c’est ma tante ! Car j’ai en mémoire le contexte, Maman est partie hier voir Grand-mère et je dors chez ma tante. Alors que les percepts disponibles ne sont pas discriminants, je suis capable d’intégrer à mon identification un élément conjoncturel mémorisé ne figurant pas parmi les stimuli que je reçois : « je suis chez ma tante et maman est partie ». Donc, la silhouette qui s’approche de moi a plus de chance d’être celle de ma tante que celle de ma mère. Je suis un enfant standard, mon interprétation perceptive est probabiliste. Les personnes qui ne sont pas autistes (les personnes standard) ne perçoivent que très peu leur environnement, elles l’interprètent. Elles interposent systématiquement et spontanément un canevas interprétatif entre une situation et la perception qu’elles en ont. Face à un contexte, l’enjeu fondamental est de lui trouver un sens, préalable à l’élaboration d’une réponse appropriée. Quelques données suffisent à ébaucher les grands traits d’un contexte. Seuls les détails significatifs sont intégrés, quitte à faire évoluer (ou changer) le canevas. Mieux, dans les situations sociales, les personnes non autistes sont capables d’intégrer des données non perceptives (implicites) telles que les intentions et le paradigme mental des tiers. Avec les ans, l’expérience enrichit le stock de canevas disponibles et développe les facultés d’interprétation du contenu implicite. Cette cognition est très performante en terme de gain de temps, elle filtre la multitude des stimuli présents et économise leur traitement. La réponse est souvent liée et peut être activée de manière quasi réflexe. Aussi, dit-on que la cognition des personnes non autistes est inductive. Les personnes autistes n’interposent pas de canevas interprétatifs préalables. Elles perçoivent l’ensemble des détails d’une situation sans les hiérarchiser quant à leur pertinence explicative du contexte. Ne filtrant pas leurs perceptions, les autistes sont submergés par les stimuli, sauf à s’en abstraire en focalisant leur concentration sur un centre d’intérêt ou une source prévisible de stimuli (jeux de lumière, objets en rotation, etc.). Pour utiliser une image analogique, les autistes sont vis-à-vis des contextes comme une personne qui n’aurait aucun sens mélodique vis-à-vis de la musique. Faute de disposer d’un canevas mélodique pour intégrer les sons en un ensemble cohérent et mélodieux, elle ne percevrait qu’une cacophonie qui rapidement la saturerait et l’agresserait. Ce n’est qu’après une phase d’identification, de traitement et de modélisation des stimuli qu’une personne autiste peut statuer sur un contexte et élaborer une réponse. Cette manière d’opérer exige du temps.

Autre lacune, dans le contexte social, elle n’intègre pas les données implicites, le non dit et l’intentionnalité. Les autistes ont une perception littérale des situations. On dit que la cognition autistique est déductive. Le seul avantage de la cognition déductive autistique est de surentraîner (et donc de développer) les capacités de mémorisation et de traitement des informations. Mémoire et capacité de traitement sont très certainement deux atouts fondamentaux des autistes pour parvenir à compenser leur handicap (un troisième atout serait la capacité pour nombre d’entre eux de visualiser mentalement les lignes de force d’une problématique et de lire les résultats à la manière d’un abaque).

D’où l’enjeu psycho éducatif du débat sur la nature des tests à utiliser avant de statuer sur les capacités intellectuelles des autistes mutiques. Une jeune musaraigne émergeant de son terrier a peu de chances de survivre jusqu’à sa reproduction si elle est incapable de statuer immédiatement sur l’état de son environnement. C’est à dire si elle ne perçoit pas tout de suite son environnement dans sa globalité et n’attribue pas un sens à des détails repérés parmi une multitude d’autres stimuli. Sa survie dépend de sa capacité à focaliser son attention sur une odeur, un mouvement, un bruit susceptible d’être « la trace » d’un prédateur. Elle ne dispose pas du temps nécessaire (ni des capacités de traitement) pour analyser un à un chacun des stimuli qu’elle perçoit. En ce sens, le dispositif perceptif interprétatoire des personnes non autistes n’est pas forcément la quintessence de la cognition homo sapienne, mais un dispositif animal (enrichi d’humanité) venant au moins des âges reptiliens de l’évolution de l’espèce.

Pour autant, il ne faudrait pas fantasmer sur l’autisme annonciateur d’un nouvel homo devenir de l’humanité. Les batraciens autistes n’ont pas dû souvent survivre suffisamment pour transmettre leur singularité génétique. La survie des autistes humains (ou plutôt des personnes porteuses de caractéristiques autistiques) doit très certainement à la solidarité du groupe et à la possibilité que des spécificités soient rentabilisées dans un contexte social de répartition des taches et des rôles, pour que ces personnes y trouvent leur place.

3. Le dispositif perceptif.

La tendance est de considérer les traitements des stimuli par des aires spécifiques à leur source (aire visuelle, aire auditive, etc.) comme des traitements autonomes alors qu’il s’agit de traitements répartis assujettis à un centre coordonnateur de l’ensemble du dispositif perceptif. On en a la preuve dans l’agnosie visuelle. Du fait de lésions des aires visuelles, certains sujets, bien que distinguant visuellement les objets se retrouvent incapables de les reconnaître (exemple un trousseau de clé). Par contre, si une autre source d’information est ajoutée en complément (toucher du trousseau de clé), l’information complémentaire (tactile dans ce cas) « éclaire » l’interprétation visuelle. La personne reconnaît alors l’image du trousseau de clé. La déficience de l’aire visuelle ne fournissait pas d’indices suffisant au centre perceptif pour interpréter l’objet, l’indice provenant de l’aire tactile à non seulement permis l’identification de l’objet, mais par retour d’information a permis à l’aire visuelle de retrouver la signification de l’image.

Donc, il existe un dispositif perceptif cognitivement en aval des dispositifs sensoriels qui détectent les stimuli dans les limites de leur gamme de réceptivité. Le dispositif perceptif fédère l’ensemble des dispositifs sensoriels (l’odorat, le goût, la vue, le touché, l’ouie et la proprioception). Le dispositif perceptif identifie, hiérarchise, filtre, collationne et synthétise les percepts (concaténation de stimuli déjà prétraités par des dispositifs de traitement réparti) sensoriels de toutes origines et de toutes natures pour les transcrire en des messages porteurs de sens. Chez l’homme et les animaux supérieurs, il est capable d’intégrer parmi les considérants d’une situation, outre des percepts, des rappels d’informations mémorisées sur le contexte ou des concepts tels que des enjeux et des codes sociaux. Le dispositif perceptif traite en premier lieu l’état kinesthésique (équilibre, postures et mouvements) et les caractéristiques générales de l’environnement spatial. Ce traitement perceptif est indispensable aux ajustements posturaux et à la locomotion.

Il s’agit aussi de la relation de base entre l’entité vivante autonome et son environnement. C’est la relation constitutive du Soi, même si la plupart des espèces ne sont pas en capacité de formuler ce concept. Pour les espèces cognitivement les plus rustiques, cette conscience de Soi se limite à l’agenticité, à savoir se reconnaître soi comme agent (acteur) de la relation avec l’environnement. De même qu’existent des boucles réflexes posturales et locomotrices, le dispositif perceptif est capable de déclencher des réactions du fait de l’association entre des stimuli et des dispositifs d’alerte. La vigilance portera prioritairement sur la détection d’indices d’alter agenticité, c’est à dire de la présence dans l’environnement, parmi une multitude d’objets inanimés, d’êtres vivants susceptibles de présenter une menace (prédateurs), d’être une ressource alimentaire (proie) ou un congénère. Un mouvement perçu parmi l’ensemble des stimuli environnementaux va être discerné, va capter l’attention et va pré mobiliser des capacités réactives. Si l’attention focalisée sur la source confirme l’alerte (en fonction de la nature présupposée de la source), l’entité vivante autonome déclenche une réponse circonstanciée : · « balancement d’une branche d’arbre » = réduction de l’attention retour du stade d’alerte au stade de vigilance. · « proie » = non-éveil de l’attention de la proie ou attaque. · « prédateur » = non-éveil de l’attention du prédateur ou fuite ou défense ».

A ce stade, on peut considérer que l’être est doté de conscience au sens phylogénique du terme : « La conscience est l’intuition par un individu de son existence et du monde qui l’entoure, y compris d’autres êtres potentiellement doués de conscience ». Etre conscient de son agenticité est un préalable à la reconnaissance de l’alter agenticité (l’agenticité de tiers). A noter que certains autistes profonds n’expriment pas ou peu la reconnaissance de l’alter agenticité, à se demander s’ils ont conscience de leur propre agenticité (cette lacune relationnelle ne minimise en rien leur humanité). La complexité des traitements perceptifs des stimuli s’accroît quand il s’agit de d’interférer dans une relation active avec un tiers. La première relation se fait par le regard, l’autre me regarde-t-il ? Et s’il me regarde, qu’elles sont ses intentions ? Est-il repu ? Va-t-il bondir ? Va-t-il fuir ? La recherche de l’intentionnalité de l’autre est essentielle à élaboration d’une stratégie à son égard.

De nombreux autistes profonds ne recherchent pas (ne captent pas) le regard de l’autre, et de ce fait n’établissent pas la relation. La stratégie payante est souvent de ne pas fournir un prétexte au déclenchement d’une réaction précipitée du tiers, de dissimuler sa peur ou sa convoitise, d’esquiver le regard, de faire semblant de n’avoir rien remarqué, de continuer de vaquer à ses occupations pour s’éloigner, se dissimuler, contourner les obstacles, se tapir ... et bondir (ou fuir). La relation peut être aussi explicitée. Entre la proie et le prédateur quand la réponse adéquate sera dans la communication explicite : déclencher la fuite pour isoler un individu vulnérable d’un groupe, avertir le prédateur que les dommages sont susceptibles d’être collatéraux. Dans les relations sexuées et d’élevage de progéniture, il faut percevoir, émettre et interférer pour solliciter l’accouplement. Puis avec la progéniture qu’il faut nourrir, protéger, voire instruire d’un bagage élémentaire pour augmenter la probabilité de survie individuelle. Il est à ce stade nécessaire non seulement de décoder les signaux émis par l’autre, d’en extrapoler l’intentionnalité, mais aussi de soi-même falsifier ses intentions en émettant des messages erronés. La plupart des autistiques ont de grandes difficultés, voire sont incapables, de maîtriser le décodage de l’implicite. Plus complexe, il est préférable de savoir partager l’information : désigner du regard au reste de la meute la proie à acculer, prolonger le regard du congénère pour voir arriver le prédateur, émettre des signaux vocaux et posturaux à l’attention du groupe, décoder pertinemment l’ensemble des signaux émis par l’ensemble des protagonistes.

Parmi les espèces qui élèvent leur progéniture, l’apprentissage des jeunes se fait beaucoup sur l’imitation des adultes : observation des gestes, mentalisation, puis reproduction (puis sanction). A ce stade, il devient délicat de dissocier le seul traitement perceptif de la communication avec sa composante expressive (posturo motrice incluse). Tout est message à décoder et à coder. Le codage intentionnel résulte de la maîtrise du décodage. A décodage défectueux, expression incertaine. L’environnement humain est « surchargé » de stimuli-messages portant notamment sur les codes, les rôles et protocoles sociaux. L’interaction sociale est permanente, elle s’initie au moins dès la naissance, et l’erreur d’interprétation est sanctionnée. Il s’agit non seulement de percevoir et d’interpréter les signaux émis par l’autre (et les autres), mais de subodorer ce qui n’est pas émis (les non dits, l’implicite, l’intentionnalité) et d’en faire une lecture selon à la fois son paradigme mental, celui que l’on attribue à l’autre, les enjeux pressentis des deux parties, l’état du rapport de forces et la stratégie déployée par chacun des acteurs.

4. Caractéristiques pour la désignation de l’organe coordinateur du traitement perceptif

Si l’on admet que la description fonctionnelle et phylogénique du dispositif perceptif faite dans cet article est plausible (à défaut d’être avérée), ce dispositif se serait développé à partir d’une couche basale contrôlant la kinesthésie et l’appréhension spatiale de l’environnement jusqu’à des couches contrôlant des interactions sociales plus élaborées. Selon un raisonnement déductif et systémiste, quelles pourraient être l’histoire, la localisation et la structure d’un dispositif fonctionnel, interactionnel et évolutif en charge du traitement perceptif ?

· Il a dû émerger sur le névraxe à la jonction de ces diverses voies afférentes, dès que les entités vivantes autonomes se sont dotées d’un centre de contrôle pour gérer conjointement les informations sensori-motrices (proprioceptives et tactiles) et les informations d’appréhension extracorporelle (téléceptives) de l’environnement notamment visuelles et olfactives,

· Il n’y a aucune raison qu’il ait migré depuis l’émergence de son archéo-structure. Au plus, aurait-il délégué certains traitements segmentaires à des zones plus récemment constituées, tout en en gardant le contrôle.

· Précieux entre tous, il a dû être le premier à bénéficier d’une protection renforcée lors de la cartilagination du névraxe qui conduira à la constitution de l’ordre des vertébrés. Pour accroître ses capacités de traitement, il a dû augmenter sa masse tout en conservant son ancrage sur le névraxe.

· Centre coordonnateur du traitement perceptif, il a besoin d’être fonctionnellement positionné à proximité immédiate d’un centre coordonnateur du traitement réactif en charge de l’ajustement postural, de la motricité et des facultés expressives. Le développement fonctionnel et structurel de ces deux centres a dû se dérouler conjointement selon une même morphogénie. Le centre de coordination du traitement réactif, doit quant à lui intégrer à sa base des centres de contrôle automatiques pour gérer le commandement neurovégétatif, hors influence d’un pilotage volontaire et conscient. Puis, il doit intégrer aussi des centres d’ajustement par défaut autonomes mais débrayables pour une prise en main volontaire, et enfin des couches soumises à l’arbitrage de la conscience. Selon un raisonnement systémiste, trois agencements structurels seraient envisageables pour satisfaire à ces conditions : deux organes distincts mais proximaux ; un organe unique avec deux aires juxtaposées ou superposées ; ou un organe abritant deux dispositifs fonctionnels structurellement distincts mais imbriqués. Et de rechercher au niveau du tronc cérébral un ou deux organes nobles candidats répondant aux critères.

A l’examen, il n’y en a qu’un : le cervelet ! A noter, qu’Eric Courchesne, Directeur du Centre de recherche sur l’autisme du Children’s Hospital Research Center de San Diego (Californie) en traquant le centre de l’intuition cible également le cervelet.

5. Le cervelet : super processeur et l’organe noble du cerveau

Le cervelet est anatomiquement composé de trois parties. Un nœud de rattachement au tronc cérébral, le vermis, sur lequel se greffent deux lobes latéraux. Au cours de l’évolution des lignées animales, on distingue l’apparition successive et persistante de trois couches différentes allant du névraxe à la périphérie. L’archéocerebellum, apparu pour la première fois chez les poissons, est formé d’un nodule médian accompagné de deux parties latérales appelées flocculus, il reçoit des afférences vestibulaires, mais aussi proprioceptives et cutanées ; Le paléocerebellum qui se superpose au précédent chez les amphibiens, les reptiles et les oiseaux.. Il reçoit des afférences proprioceptives mais aussi de nombreuses afférences somesthésiques, des afférences vestibulaires et sensorielles variées. Le néocerebellum qui se superpose encore aux précédents chez les mammifères, reçoit outre les afférences proprioceptives, somesthésiques et sensorielles, des afférences corticales par l’intermédiaire des noyaux du pont et du pédoncule cérébelleux moyen Il est spécialement volumineux chez les primates et surtout chez l’homme. Le cervelet étant le seul organe satisfaisant au raisonnement utilisé, il reste à trancher entre deux dispositifs juxtaposés ou imbriqués.

Morphologiquement, on observe deux lobes et l’on pourrait en rester là. Sauf, qu’il n’est pas flagrant qu’un lobe soit plus spécifiquement réceptif et l’autre réactif. Par contre, si l’on examine le tissu cérébelleux, on peut rester perplexe de trouver un agencement neuronal inédit et susceptible de répondre au cahier des charges d’un dispositif imbriqué. Pour le décrire sommairement, on distingue une dense couche de cellules efférentes (Cellule de Purkinje) dont les axones font synapse sur les neurones des noyaux dentelés du cervelet, d’où part ensuite l’information vers le thalamus qui projette ensuite vers le cortex et le striatum (noyaux gris centraux). Chaque cellule de

Purkinje se présente sous la forme d’un arbre décisionnel à plat constitué de branches dendritiques organisées sur 7 niveaux hiérarchiques et drainant la couche corticale cérébelleuse. Autour de chaque dendrite couverte de dizaines de milliers de synapses, s’enroule, intimement comme un lierre à une branche, la terminaison d’une seule fibre afférente appelée fibre grimpante, axone d’un neurone d’un noyau du bulbe rachidien appelé l’olive inférieure acheminant les informations en provenance des propriocepteurs musculaires. Un autre groupe de cellules afférentes (les cellules moussues) acheminant les signaux provenant du cortex cérébral maillent la base du dispositif. Elles établissent des connexions dans la couche profonde du cervelet avec les petites cellules granulaires.

Ces cellules granulaires sont si nombreuses qu’on pense qu’elles représentent la moitié des neurones du cerveau ! Les axones de ces cellules granulaires remontent vers le cortex cérébelleux pour se diviser en « T » et former un deuxième maillage supérieur appelé « fibres parallèles ». Disposée perpendiculairement aux arbres dendritiques des cellules de Purkinje, chaque fibre parallèle établi des contacts avec un très grand nombre de cellules de Purkinje, à raison d’un contact unique pour chaque cellule de Purkinje. Chaque cellule de Purkinje reçoit plus de 100 000 synapses d’autant de fibres parallèles différentes. Bref, il serait légitime de penser que l’on est en présence d’un super processeur neurobiologique, et que le cervelet serait un organe abritant (au moins) deux dispositifs fonctionnels structurellement distincts mais imbriqués, l’un chargé du traitement perceptif, l’autre du traitement réactif. Le cervelet serait aussi le siège de la conscience de soi, de la conscience tout court, de l’intuition et ... de l’intelligence ? Dire que le cervelet serait l’organe noble revient à reconsidérer toute la hiérarchie cérébrale. Notre narcissisme anthropocentriste se complairait à localiser l’essence de l’humain dans des régions non-développées par le reste du monde animal. Je suis conscient que l’hypothèse de placer l’essence de l’humain dans un organe dont l’architecture basale remonte aux pré vertébrés pourrait être considérée comme iconoclaste. Et si l’encéphale n’était qu’extension asservie où se dérouleraient des traitements répartis sous le contrôle du cervelet ?

 

Lors d’un colloque organisé à Poitiers par Autisme Vienne en janvier 2006, Thomas Bourgeron, généticien à l’Institut Pasteur de Paris, présentait ses travaux sur les altérations génétiques observées parmi des fratries d’autistes. Ces altérations inhiberaient la production d’une protéine, la neuroligine 4, impliquée dans la formation même des synapses, notamment celles gainant les dendrites. Sur deux clichés comparatifs d’images par résonance, on voyait deux neurones : le déficient en neuroligine 4 restait terne, le sain était entouré d’un formidable halo synaptique.

<b>Je ne peux m’empêcher de penser que : SI le cervelet est le centre coordonnateur du dispositif perceptif, SI la neuroligine 4 intervient dans la complexe structure neuronale du cervelet, SI une déficience en neuroligine 4 affectait les relations synaptiques entretenues par tout ou partie de cet ensemble, ALORS, on pourrait se trouver devant un grave trouble déficitaire de la fonction d’interprétation perceptive. </b<

6. L’autisme : un trouble déficitaire d’ampleur variable, deux continuums

L’autisme résulte d’un trouble déficitaire d’ampleur variable selon les individus affectant des couches fonctionnelles d’un organe coordonnateur produisant un continuum non segmenté de tableaux cliniques graves à modérés. Si l’autisme est un trouble déficitaire du traitement du dispositif perceptif. Ce déficit pourrait, selon les individus, être d’ampleur variable. En toute logique, l’affectation des couches fonctionnelles irait, proportionnellement à l’ampleur, des couches les plus récentes de l’organe concerné aux couches les plus anciennes selon la morphogenèse cérébrale de l’espèce. Donc on aurait une typologie d’autisme graduelle (un continuum) en concordance avec les fonctions relationnelles contrôlées par les couches affectées. Le spectre clinique irait donc de personnes ayant des difficultés kinesthésiques et d’agenticité (plus tout le reste) à des personnes seulement en difficulté pour appréhender les données implicites des relations sociales. Il n’y aurait pas forcément de démarcations franches ou de paliers mais une progressivité. Dit autrement, on aurait une hiérarchie étiologique qui irait d’autismes profonds à des autismes superficiels, correspondant à l’observation clinique entre des grands autistes, des autistes moyens, des autistes légers, des aspergers et des phénotypes élargis. Mais, un facteur synergique modifie considérablement le pronostic développemental de la personne : ses capacités intellectuelles. En fonction de ses capacités intellectuelles (et de comment elles sont valorisées par l’éducation et l’apprentissage), un grand autiste peut trouver un épanouissement intellectuel et une reconnaissance sociale. A contrario, un asperger ou un phénotype élargi peut être d’intelligence limitée. Le phénomène autistique parmi la population générale ne se résumerait donc pas à d’un coté de grands autistes non verbaux déficients intellectuels et de l’autre des aspergers férus de physique, mais à toute une palette de profils comprenant y compris des personnes peu discernables du standard, un peu à coté de la plaque et de ce fait, mal dans leur peau.

D’où, une deuxième dimension de continuum dans l’autisme : l’intelligence et sa valorisation pédagogique. Par une communication récente devant le congrès de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS), Laurent Mottron et Michelle Dawson, chercheuse elle-même autiste, démontraient que les méthodes couramment employées pour évaluer l’intelligence des autistes étaient inadéquates et ne permettaient pas de révéler le réel niveau d’intelligence de ces personnes parfois muettes et dont le comportement bizarre à certains égards a souvent conduit à une sous-estimation de leurs capacités intellectuelles. Elle signifie que des autistes, notamment des enfants, bien que mutiques et enfermés dans leur isolement disposeraient des facultés intellectuelles permettant d’envisager un travail éducatif, notamment de socialisation et d’apprentissage. Cette communication modifie considérablement la donne du problème. Elle ne peut que motiver encore plus les familles, les éducateurs et les chercheurs, à redoubler d’ardeur pour concevoir des approches éducatives pragmatiques susceptibles d’établir des passerelles avec la personne coincée dans son isolement et lui permettre d’émerger dans le monde social. Aussi une meilleure connaissance et une meilleure compréhension des processus de compensation développés par les autistes de haut niveau seraient porteuses d’enseignements précieux pour aborder la question de la prise en charge de tous les autistes. Un autiste de haut niveau est-il une catégorie dans le continuum de l’autisme ou serait-il un autiste comme les autres qui aurait eu la chance de trouver et de développer un processus de compensation performant ? Toutefois, on ne guérit pas de l’autisme. Si la compensation réalisée au cours de l’existence par une rentabilisation du potentiel intellectuel modifie le tableau clinique observable, elle n’éradique pas le socle cognitif autistique initial.

7. Distinguer les troubles inhérents et troubles résultants

Dans les contextes d’apparition de l’hospitalisme de Spitz, il est observé que des nourrissons privés d’interactions humaines développent une série de troubles évoquant ceux que l’on retrouve dans les tableaux cliniques de l’autisme. Si une carence relationnelle produit des troubles analogues à ceux observables dans l’autisme, les troubles observés dans l’autisme sont-ils intrinsèques à l’autisme ou ne seraient-ils pas des troubles résultants de l’autisme ? Ne serait-ce pas parce que l’autisme, dysfonctionnement du dispositif perceptif, isole l’enfant et le place dans une situation de carence interactionnelle analogue à l’hospitalisme que se développent ces mêmes manifestations ? Si l’on admet ce raisonnement l’enjeu psycho-éducatif serait de taille, car il faudrait « se précipiter » dès le premier âge pour contrecarrer l’isolement relationnel afin d’éviter l’installation d’un état de carence interactionnelle à l’origine de manifestations autistiques. Et, pour mieux cibler les priorités, il importerait d’arriver à différencier entre les symptômes cliniques de l’autisme, ceux qui seraient des manifestations résultantes de la carence interactionnelle de ceux en lien direct avec des déficiences neurologiques. Fin de la première partie du raisonnement définitiologique

Donc, à l’issue de la première partie de l’essai, partie consacrée à la nature de l’autisme, on pourrait formuler le début de définition de l’autisme suivant : L’autisme est un état congénital caractérisé par une singularité dans le traitement du dispositif perceptif qui pourrait résulter d’un trouble déficitaire d’ampleur variable selon les individus affectant des couches fonctionnelles d’un organe coordonnateur produisant un continuum non segmenté de tableaux cliniques graves à modérés. Les signes cliniques observables pourraient être pour partie intrinsèques à l’autisme, pour partie résultants de la situation de carence interactionnelle.

A venir ... 2ème partie de la définition : Vivre avec l’autisme ... et le reste du monde

· Les intelligences

· Handicap et Etude des phénomènes compensatoires

· Perspectives psycho éducatives et institutionnelles

Lectures francophones recommandées pour comprendre l’autisme :

L’autisme : une autre intelligence ; Laurent Mottron, Ed Mardaga 2005

Comment pense une personne autiste ? Peter Vermeulen ; Ed Dunod 2005

Comprendre l’enfant autiste ; Bernadette Rogé ; Ed Dunod 2003

La cécité mentale ; Simon Baron-Cohen ; Ed Presses Universitaires de Grenoble 1998

Neurosciences cognitives – la biologie de l’esprit ; Michael Gazzaniga, Richard Ivry et George Mangun ; Ed De Boeck Université 2001

 
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